«Tu connais, maharaja, le lotus à cent pétales ?

-Oui.

-Où naît-il ?

-Il naît dans la boue et se développe dans l’eau.

-Ressemble-t-il à la boue ou à l’eau par la couleur, l’odeur ou la saveur ?

-Non.

-Il en est de même du Bouddha. » Les questions de Milinda, cité par Sophie Royer dans Bouddha p.144

 


Comme tout le monde, lors d’une visite au Parc Floral, j’avais été attirée par les lotus en fleur, mais cette beauté déjà galvaudée et un peu « carte postale » ne m’avait dans un premier temps pas retenue, bien que je sache, pour en avoir déjà traité dans ma série ef-fleur-es, à quel point les fleurs sont en réalité violentes et sensuelles. Toutefois, l’idée de revenir un peu plus tard, quand les lotus ne seraient plus en floraison, était déjà là : j’avais entendu parler de l’importance que les bouddhistes accordaient à cette plante, parce qu’elle renaît de sa propre pourriture, et j’avais envie de constater moi-même comment s’opérait ce processus.

Cette seconde visite, fin septembre 2009, a été un choc : splendeur de l’agonie, somptuosité des plis, violence des couleurs …J’ai décidé alors d’accompagner le cycle de vie de ces plantes : les lotus sont pour moi une leçon toujours renouvelée de la façon dont nous devrions appréhender le temps. Revenir photographier un même sujet pendant des mois d’affilé suppose d’arriver à chaque fois à gagner en concentration, à aller contre les limites de l’instrument utilisé, l’appareil photographique, qui est fait pour découper le flux temporel en instants abstraits. Loin de l’agitation qui gagne nos vies, j’ai trouvé un havre de méditation, au sein duquel j’essaie en somme de devenir lotus…

Cette série se poursuit sur le blog Trottoir bleu.

 

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