Photographie et « instant décisif »

« L’appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois […]

Photographier : c’est dans un même instant et en une fraction de seconde reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.

C’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. C’est une façon de vivre » HCB

 

Pour Henri Cartier-Bresson, chantre d’une certaine photographie humaniste française, il s’agit, afin de faire un cliché qui ait du sens, d’appuyer sur le déclencheur au bon moment, celui, décisif et fugace, où tous les éléments de la composition sont en place. Cette définition a beaucoup de mérites selon moi : d’abord elle relie deux notions pouvant sembler au départ contradictoires : le temps et l’image, espace à deux dimensions. Quand on appuie sur le déclencheur, l’obturateur s’ouvre pendant un temps donné (1/1000ème de seconde par exemple) et permet à la lumière d’impressionner la pellicule ou de faire réagir le capteur. L’image n’est pas à proprement parler instantanée, mais la plupart du temps sa vitesse excède les capacités des sens humains. La photographie obtenue est donc obligatoirement une abstraction, puisqu’elle capture quelque chose que l’œil ne pourrait percevoir. C’est pourquoi les querelles sur les retouches et la vérité du document photographique me semblent particulièrement oiseuses. Voilà pourquoi aussi nous nous trouvons souvent peu ressemblants lorsque nous sommes pris en photo : quand je fais des portraits, j’ai, pour cette raison, choisi de faire poser mes modèles, afin de réinstaller un temps humain.

 Mais c’est là que je prends mes distances avec Cartier-Bresson : en effet, pour lui, il s’agit, concentré sur ce qu’il advient, de déclencher au bon moment, au seul instant où tous les paramètres sont en place pour créer une belle image, ceux-ci incluant  très souvent la présence d’êtres humains en action. Pour moi, tout instant a en soi sa propre beauté, son caractère décisif,  mais nous ne sommes pas forcément à même de le saisir. Ce n’est pas le sujet à photographier qui ne serait présent que dans une fraction de seconde, c’est le photographe qui n’arrive que rarement à être en phase avec le réel. Comme l’écrit si bien Barthes, dans la Chambre claire, la photographie est proche du haïku, elle peut nous faire saisir la saveur du réel, si seulement comme les moines bouddhistes Zen, nous travaillons à être présents à chaque instant.

fenêtre

en illustration, un rayon de lumière sur une fenêtre.

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Commentaires : 2
  • #1

    Emmanuelle Vial (lundi, 27 décembre 2010 15:16)

    lu et approuvé...

  • #2

    Raphaële (lundi, 27 décembre 2010 15:47)

    eh bien en fait j'avais peu de doutes sur la question, mais qu'est-ce que c'est bon de n'avoir plus l'impression de prêcher dans le désert... :-)))